Pendant ces terribles événements, les habitants ont ordre d’informer les autorités de chaque attaque. Le courrier est abondant, les récits parfois rallongés par rapport à la réalité des faits. Les chasseurs successifs dépêchés sur place écrivent les faits à leur manière, les hommes d’Eglise également de leurs côtés. La presse de l’époque s’en empare gracieusement, en l’enjolivant à son tour, d’autant plus que les journalistes retranscrivent ce qu’ils reçoivent sans jamais vérifier les informations.

Tout le Royaume de France vibre au rythme des attaques relatées dans le Courrier d’Avignon et la Gazette de France, essentiellement, mais aussi dans la presse étrangère ! La Bête fait parler d’elle en Allemagne, en Hollande, en Italie, en Angleterre, et même jusqu’au Québec !

Le Roi de France demandera à ce qu’il soit fait le nécessaire le plus rapidement possible, pour venir au secours des habitants du Gévaudan, mais aussi pour que la nouvelle d’un Royaume qui n’arrive pas à bout d’un simple loup ne se répande trop. C’est ainsi que, en Septembre 1764, le Capitaine Duhamel intervient le premier, avec 40 Dragons à pied et 17 à cheval. En Décembre, il manque de peu la Bête, près du Château de la Beaume, elle réussit à s’échapper en traversant tant bien que mal un marais qui s’est avéré impénétrable pour les chevaux.

L’ayant vu de très près, il en fait une description ’’Je vous envoye Monsieur le détail exat de la figure de la bête féroce après laquelle je cours. Cet animal est de la taille d’un taureau d’un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d’un ours avec six griffes à chacune de la longueur d’un doigt, la goeülle extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celuy d’un cheval, le corps aussi long qu’un léopard, la queue grosse comme le bras et au moins de quatre pieds de longueur, le poil de la tête noiratre, les yeux de la grandeur de ceux d’un veau, et étincelants, les oreilles courtes comme celles d’un loup et droites, le poil du ventre blanchâtres, celuy du corps rouge avec une raye noire large de quatre doigts depuis le col jusqu’à la naissance de la queue. Voilà, Monsieur, le monstre tel qu’il est et d’après la peinture que j’ai l’honneur de vous en faire, je crois que vous penserez comme moy, que cet animal est un monstre dont le père est un lyon, reste à savoir quelle en est la mère.’’

La colère gronde au sein de la population  qui accuse les Dragons de vivre sur l’habitant et de saccager les récoltes, d’autant que les battues ne se soldent que par des échecs. C’est ainsi qu’en février 1765, M. d’ENNEVAL entre en scène, chasseur de loup réputé de Normandie. Mais ce gentilhomme devient vite impopulaire ; ses hommes et lui s’attirent l’antipathie des habitants ainsi que de la noblesse, par leurs méthodes de chasse et leurs comportements ignobles et irrespectueux.

Fontaine de la Besseyre-Ste-Marie

Ainsi, durant l’été 1765, la Cour envoie le 1er porte-arquebuse du Roi, Grand Louvetier du Royaume, François ANTOINE, avec plusieurs tireurs choisis, avec l’ordre royal d’en terminer, coûte que coûte.

Il s’établit sur les paroisses de Venteuges et de la Besseyre-Sainte-Marie, puisque la Bête s’y cantonne plus précisément, à ce moment-là.

Il se fait très à l’écoute du peuple et de ses misères, donnant même de l’argent aux plus pauvres, organisant des battues seulement le dimanche, laissant les autres jours pour le travail des habitants.

Le 28 Août 1765, les gardes d’Antoine tuent un gros loup mais les meurtres continuent. Le 18 Septembre, il tue un loup d’une taille exceptionnel près de Notre Dame des Chazes, à Venteuges. Ce loup est naturalisé, son estomac ne présente que des chaires et des ossements… de mouton, mais il sera quand même présenté à la Cour et M. Antoine proclame avoir tué la Bête du Gévaudan. Il quitte le Gévaudan en Novembre, les meurtres ont cessé… mais reprennent le 02 Décembre…